La campagne des 12 jours d’action pour l’élimination des violences envers les femmes

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La petite histoire : l’origine des campagnes contre la violence de genre

Depuis 1991, le Centre pour le leadership mondial des femmes coordonne la campagne des 16 jours d’activisme contre la violence de genre qui se déroule chaque année du 25 novembre au 10 décembre. Cette année, « 5478 organisations, les décideurs, les gouvernements, les agences des Nations Unies et d’innombrables personnes de plus de 180 pays à travers le monde » prendront part à cette 24e édition dont la thématique s’articule autour de la prévention des conséquences des conflits armés et de l’accès à l’éducation.

Rappelons que les dates de la campagne ne sont pas le fruit du hasard et ont une valeur hautement symbolique. En effet, depuis 1981 — d’abord grâce à certaines féministes latino-américaines, puis reconnue par l’ONU en 1999 — le 25 novembre est la Journée internationale consacrée à l’élimination de la violence à l’égard des femmes. À l’origine, « cette date commémore l’assassinat des sœurs Mirabal, trois militantes politiques dominicaines brutalement exécutées en 1960 sous les ordres du chef d’État Rafael Trujillo ». Le 10 décembre marque quant à lui la Journée internationale des droits de la personne.

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Les trois sœurs Mirabal : Patria Mercedes (1924-1960), Maria Argentina Minerva (1926-1960), Antonia María Teresa (1935-1960). Elles sont considérées comme des héroïnes, en République Dominicaine, pour avoir tenu tête et lutté contre le gouvernement de Rafael Trujillo. C’est pourquoi elles apparaissent aujourd’hui sur la monnaie nationale dominicaine.


Qu’en est-il de la campagne québécoise?

La campagne québécoise de lutte et de prévention contre les violences perpétrées contre les femmes s’inscrit à l’intérieur de la campagne internationale. À la différence de cette dernière, la campagne québécoise dure 12 jours et se déroule du 25 novembre au 6 décembre de chaque année. Cette différence nationale s’explique par le contexte particulier entourant la tuerie sexiste et antiféministe ayant eu lieu à l’École Polytechnique le 6 décembre 1989. En 1991, le Parlement du Canada a fait du 6 décembre la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes. Il s’agit d’un événement politique ayant fortement marqué la société québécoise et qui a rendu visible l’existence d’une forme de violence que l’on osait à peine s’avouer collectivement jusqu’alors.

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Plaque commémorative des quatorze victimes de la tuerie de l’École Polytechnique.

 

Lutter contre les violences faites aux femmes, toujours pertinent ?

Ailleurs dans le monde, la lutte contre les violences de genre n’est nullement remise en question. Des viols collectifs en Inde, aux mutilations sexuelles féminines au Sénégal et au Mali, en passant par les agressions innommables perpétrées par l’État islamique envers les femmes, le Québec semble faire bonne figure. Après tout, les conditions de vie des femmes ce sont bel et bien améliorées depuis quelques décennies. Mais à quel point? Devrions-nous ranger les pancartes, cesser les revendications et nous réjouir?

Malheureusement, ce n’est pas parce que les violences sont moins visibles qu’elles sont disparues. Au Québec, les violences envers les femmes sont encore bien présentes. Les rapports d’activités des organisations offrant des services de première ligne aux femmes subissant divers types de violences ou recueillant leurs plaintes (CALACS, maisons d’hébergement, centres de femmes, normes du travail, etc.) laissent peu de place à l’interprétation. Au cours de la dernière année, dans le cadre de la Marche mondiale des femmes, les groupes de femmes de la Montérégie ont évalué que la perpétuation des violences envers les femmes représentaient encore aujourd’hui l’un des principaux enjeux et obstacles pour l’émancipation des femmes. Qu’elles soient vécues dans la sphère privée (famille, couple, amis) ou dans la sphère publique (travail, études), les violences sont de plus en plus banalisées par la culture dominante et les femmes qui les subissent sont souvent isolées.

La violence de genre en chiffres :


À ne pas manquer : la semaine prochaine, la publication de la seconde partie portant sur les violences de genre au travail.


Par Véronique Pronovost

Responsable du projet Montérégiennes d’influence, visant à contribuer à la parité entre les femmes et les hommes au sein des structures décisionnelles des entreprises et des organisations présentes sur le territoire de la Montérégie.

 

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