Le plafond de verre : made in USA

Tous les sondages pré-électoraux la donnaient gagnante. Pourtant, plus la soirée avançait, moins les résultats préliminaires ne laissaient de place à l’interprétation. Puis, tôt dans la nuit de mardi à mercredi,  Hillary Clinton a concédé la défaite et Donald Trump a été consacré prochain président des États-Unis.

Hillary Clinton

La défection des femmes caucasiennes

Les statistiques pré-électorales démontraient un appui massif des femmes envers la candidature de Hillary Clinton. En plus de représenter l’accession d’une première femme au poste de la présidence, les scandales répétés ayant caractérisé la campagne de Donald Trump auraient dû se traduire par une mobilisation du vote des femmes derrière la candidate démocrate.

Le 8 novembre dernier, seulement 54% des femmes ont accordé leur vote à Hillary Clinton. En comparaison, Bill Clinton (1996) avait lui aussi recueilli 54% du vote des femmes et Barack Obama respectivement 54% et 55% lors des scrutins de 2008 et de 2012 (CAWP, 2012). Ce que les résultats électoraux démontrent – une fois de plus – c’est que la catégorie ‘‘femme’’ est loin d’être aussi uniforme et homogène qu’on pourrait le croire. En effet, le comportement électoral des femmes ne peut plus simplement être expliqué par leur sexe. Tel que nous le rappelle Alexa Conradi dans son analyse des résultats, d’autres composantes de l’identité – comme la classe sociale, le niveau d’éducation et la race – doivent être prises en compte afin de dresser un portrait plus juste de l’électorat féminin aux États-Unis et de comprendre les résultats. 64% des électrices blanches sans diplôme d’études post-secondaires ont voté pour Donald Trump. En comparaison, seulement 3% des électrices afro-américaines et 25% des électrices hispaniques possédant le même niveau de scolarité ont appuyé le candidat républicain (Quartz, 2016).

Le décalage entre les sondages pré-électoraux et les résultats sont importants. Afin d’expliquer ce phénomène, certains parlent de l’effet Bradley ou encore de l’effet Brexit, qui dans les deux cas supposent que les électrices et les électeurs cachent leur véritable intention de vote lors des sondages. Cela implique donc qu’il existerait chez certaines femmes une forme de sexisme les empêchant d’appuyer une femme au poste de commandante en chef des armées (le poste revient au président ou à la présidente) et que ces femmes aient été gênées d’assumer publiquement leur position avant le vote.

L’avenir des luttes entourant les droits des femmes

À la lumière de la campagne qui vient d’être menée et considérant les positions parfois tranchées du tandem Trump-Pence, les quatre prochaines années pourraient s’avérer particulièrement difficiles en ce qui a trait à l’avancement des droits des femmes.

D’abord, les États-Unis passeront d’un gouvernement pro-choix à un gouvernement résolument anti-choix, c’est-à-dire qui s’oppose à l’avortement et au libre-choix des femmes. Cela pourrait notamment être une mauvaise nouvelle pour les cliniques en santé reproductive Planned Parenthood, dont le financement public a été largement remis en question récemment par certains Républicains.

La question de l’immigration demeure centrale dans la mesure où les femmes issues des communautés culturelles et de l’immigration représentent le groupe démographique ayant les moins bonnes conditions de vie aux États-Unis. Si Trump adopte certaines propositions de son programme électoral en matière d’immigration, les réformes qui seront adoptées auront un impact significatif sur une part de la population vivant déjà dans la précarité.

Le prochain vice-président des États-Unis, Mike Pence, a soutenu des positions très controversées au sujet de l’homosexualité. Il a promu le mariage traditionnel en s’opposant au mariage gai. Mais surtout, il a soutenu des projets de loi relatifs aux ‘‘thérapies de conversion’’. Ces soi-disant thérapies proposent de ‘‘guérir’’ l’homosexualité, comme s’il s’agissait d’un mal à enrayer.

Heureusement, diront certaines, les discours de campagne sont souvent plus polarisés. Une fois les élections passées, les élu-e-s ont tendance à recentrer leurs discours. À cet égard, l’un des premiers tests de Donald Trump concernera la composition de son administration. Il sera intéressant d’observer le niveau de représentativité et de diversité de l’entourage dont il se dotera. Après avoir lancé un appel à l’unité nationale dans son discours de victoire et avoir répété qu’il souhaite être le président de l’ensemble de la population américaine, la composition de son administration en dira long sur les priorités que cette nouvelle présidence mettra de l’avant.

En conclusion, si l’appui des hommes blancs à la candidature de Trump était prévisible, la défection des femmes blanches laisse un goût amer qui démontre que le plafond de verre demeure plus important que ce que les sondages nous laissaient croire.

Par Véronique Pronovost

Responsable du projet Montérégiennes d’influence, visant à contribuer à la parité entre les femmes et les hommes au sein des structures décisionnelles des entreprises et des organisations présentent sur le territoire de la Montérégie.

 

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